En marche vers 2033 avec l’Église catholique en Égypte

Se mettre à l’écoute des jeunes

Au patriarcat copte catholique nous rencontrons Anba Thomas, un des évêques de cette Église orientale en communion avec Rome. Bibliste et engagé dans la pastorale auprès des jeunes, il saisit tout de suite l’opportunité que représente une décennie de la résurrection.

Olivier Fleury avec l’évêque Thomas

Il la voit comme un projet pour les jeunes. Pour les toucher il faudra impliquer des artistes, réaliser des films, éditer des textes bibliques en lien avec l’événement.  

« Mettons-nous à l’écoute des jeunes ! On peut recevoir tant d’idées de leur part. Commençons avec la joie de célébrer la résurrection, en expliquant aux gens tout ce que le Christ nous donne et faisons envie » !

En sortant, une légère pluie commence à tomber, signe de bénédiction nous dit Nelly, la responsable de la communauté des Focolari en Égypte. 

 

L’unification de la date de Pâques 

Le père Rafik Greiche sert l’Église grecque catholique, une autre Église orientale en lien avec Rome. Une grande partie de notre conversation a porté sur la question de l’unification de la date de Pâques.

Lors de la visite au pape François en 2013, le pape Tawadros avait proposé une solution qui n’a pas encore reçu de réponse. « Le peuple est assoiffé de célébrer Pâques ensemble car les familles sont mixtes. Elles souffrent d’être divisées à ce moment. Surtout au Liban », nous dit Rafik. Mais en Égypte, déjà depuis 1965, les Églises catholique et évangélique la fêtent avec les coptes orthodoxes.  

« Vous jetez une semence. Il faut la laisser grandir et s’en remettre totalement au St. Esprit ». Il se demande comment y contribuer et propose de parler de ce chemin vers 2033 à chaque fête, en particulier à Pâques. Également responsable de la communication du Conseil des Églises d’Égypte, il s’engage à en parler, en particulier aux jeunes.  

Avec le P. Rafik Greiche

 L’enthousiasme des jeunes

Le soir, nous sommes dans la paroisse catholique Sainte Thérèse, accueillis par ses prêtres, tous carmélites, et plusieurs paroissiens dont quelques jeunes. 

Une carmélite d’origine palestinienne nous explique « la petite voie » de Sainte Thérèse de Lisieux qui est une invitation à s’abandonner avec confiance à l’amour infini de Dieu et à faire sa volonté, pas à pas, dans la conscience de nos fragilités. https://www.carmel.asso.fr/-La-petite-voie-.html 

Une jeune demande à Olivier comment il a reçu cette vision et s’il est sûr qu’elle vient de Dieu. Ce dernier raconte ce qu’il a vécu à Sydney et la confirmation qu’il a reçue sur le mont Carmel en Israël. Ces amis sont touchés ces amis car ils vivent justement la spiritualité du Carmel. 

« Dans une fête on apporte un cadeau et le plus beau cadeau à apporter à Jésus pour ces deux mille ans, c’est l’unité pour laquelle il a prié », dit une des paroissiennes. 

A la paroisse Sainte Thérèse

Un jeune rajoute : « j’ai présenté cette idée aux jeunes qui m’ont dit que c’est dans trop longtemps. Alors je suis venu m’informer. Maintenant je suis convaincu par cette idée. Je vous promets de m’engager. J’ai compris que ce chemin commence maintenant et 2033 sera un aboutissement. J’aimerais dire à tous : marchons ensemble et oublions nos différents ! »

Et un frère carmélite : « Quand j’ai entendu parler de ce projet j’ai tout de suite pensé qu’il est pour toutes les Églises. J’en parlerai dans mes prédications, je prierai pour vous. Vous avez semé une semence, c’est à nous de la faire grandir. Un des premiers fruits que je vois, c’est l’enthousiasme du jeune qui vient de parler ».  

Olivier et moi sommes touchés à la vue de la joie, du sourire et de l’approbation des jeunes ! Vraiment, le peuple chrétien veut vivre cet événement !

 

Convaincre les « têtes » !

Lors d’une autre rencontre nous avons eu la joie de converser avec le Père Patrice, également carmélite et président des supérieurs religieux d’Égypte. Il nous a dit : « votre initiative est une grande occasion pour unir tous les chrétiens d’Égypte autour du Christ ressuscité. Il faut réveiller la conscience de sa résurrection. Il faut porter en avant l’unité pour témoigner ensemble. Toutes les rencontres que vous avez faites devront avoir une continuité et, dans une prochaine étape, il faudra rassembler les personnes que vous avez visitées. »

 Patrice, carmélite

Il nous fait part de sa stratégie inspirée de Thérèse d’Avila qui disait qu’il faut d’abord convaincre et unir les « têtes ». Si elles sont unies le peuple suivra. « Unité des têtes et unité du cœur de tous autour de la personne de Jésus. Commençons par la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens en la centrant autour de la Résurrection » !

Il prend alors son téléphone pour demander une audience au nonce apostolique et l’obtient pour le jour avant notre départ ! 

 

Témoigner du Christ dans un contexte de majorité musulmane

Les franciscains sont en Égypte depuis 800 ans et, avec 57 congrégations tant féminines que masculines sont la force de la vie religieuse catholique. Nous les visitons au lendemain d’une journée organisée avec l’université d’Al Azhar, à l’occasion des 800 ans de la rencontre entre François d’Assise et le sultan Al Kamil, à Damiette.

« Une journée intéressante que nous avons préparée ensemble avec nos amis musulmans. Tous ont parlé avec liberté. Nous espérons que ce dialogue continuera. Notre vocation est l’esprit d’Assise : le dialogue avec tous commence par l’amitié. Un dialogue nécessaire aussi à l’intérieur de l’Église catholique, si diverse en Égypte », nous dit le provincial Kamal Tadros

La communauté franciscaine, au fond Kamal Tadros

Selon lui, la majorité musulmane est un motif pour que les chrétiens s’unissent davantage. Dans ce contexte, ce sera un grand défi de parler de la mort et de la résurrection de Jésus puisque les musulmans ont une autre conception de son œuvre. 

En découvrant la vision de JC2033, il s’exclame « C’est merveilleux. Tout le monde chrétien doit en faire partie ! Nous devons préparer cet événement ensemble, avec toutes nos diversités. Nous n’avons pas besoin d’être tous semblables. Faisons comme Jésus qui a rassemblé autour de lui des apôtres si différents ! »

 

La perspective du martyre 

En soirée nous arrivons devant le grand collège des Jésuites où nous attendent Henri Boulad et Magdi Nazmi. Dans ce collège plus des trois quarts des élèves sont musulmans. La première partie de l’entretien est consacrée à la question du dialogue avec le monde musulman. 

« Quand j’ai partagé votre projet aux jeunes que j’accompagne, ils l’ont reçu avec grande joie », nous dit M. Nazmi. C’est beau de mettre en commun notre foi dans le Christ ». Celui-ci anime un grand mouvement de jeunesse de plus de 5000 jeunes, mais n’aime pas les grands rassemblements. Pour lui, l’important est de favoriser la rencontre de chacun avec Jésus. Comment ? Par une expérience de partage et de communion. « La vie est la matière de ma prière. La recherche des jeunes se résume à ceci : comment est-ce que je peux toucher Jésus, sentir la vraie présence de Dieu dans ma vie » ? 

A gauche Sherin Helmy, Olivier Fleury, Martin Hoegger, Magdi Nazmi. Assis, Henri Boulad

Pour H. Boulad, la question essentielle est celle de Jésus :  qui dites-vous que je suis ? Il faut approfondir cette question durant la décennie de la résurrection. Comment parler de lui ? Aujourd’hui une vraie mission est très difficile. Pour les jeunes qui se posent la question de la vie religieuse, il faut les attirer en leur présentant la perspective du martyre. Mais pour cela il faut avant tout une expérience de Pentecôte. 

 

L’unité, facile ou difficile ? 

Dans une de ses paroisses, nous rencontrons Mgr Krikor Coussan, évêque de l’Église arménienne catholique. Une belle rencontre vécue dans la simplicité et la fraternité et suivie par un excellent repas arménien ! 

Krikor Koussan, avec une traduction du livre d’Olivier Fleury en arabe 

« Bravo pour cette initiative, nous dit-il d’emblée. Elle va démontrer notre unité par le témoignage et le service ».   

Pour lui, l’important est de bien préparer les jeunes en se basant sur la Bible. Homme d’unité, il nous partage sa passion : « L’unité est difficile ici. Mais pour moi elle est facile. Avec les arméniens orthodoxes nous sommes toujours ensemble. Je prie sans cesse pour l’unité de l’Église, surtout en Égypte et d’abord à l’intérieur de l’Église catholique » !

Un jubilé en 2025 dans l’Église catholique ?

« La résurrection est le pilier de la foi chrétienne. Par conséquent la décennie de la résurrection va animer toutes les Églises », affirme Mgr Bruno Musaro, le représentant du pape en Égypte (« le nonce apostolique ») qui nous reçoit dans le salon de la nonciature qui garde le souvenir de la récente visite du pape François. 

Sherin Helmy, Bruno Musaro, Martin Hoegger, Olivier Fleury et P. Patrice.

Il nous rappelle que l’Église catholique marque tous les 25 ans par un jubilé. En principe le prochain sera en 2025. Peut-être sera-t-il en lien avec cette décennie ? Il nous partage une conviction : s’il y a un mouvement en lien avec cette décennie le pape suivra. Mais on ne le sait pas encore, dit-il en regardant vers le plafond, dans une attitude de prière !

Dans tous nos voyages, il nous recommande de rencontrer les évêques et les conférences épiscopales, car tel est le chemin dans l’Église catholique. 

« Il faut lancer l’idée partout. Merci de le faire ! Continuez, allez de l’avant ! », conclut-il avant de poser avec nous pour la traditionnelle photo.

Martin Hoegger, responsable des relations inter-Églises de JC2033

 

 

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